On est toujours un brin ennuyé lorsqu’il s’agit de présenter Pacôme Thiellement.
D’abord, au delà du manque conséquent de repères et de parallèles faciles à faire afin de situer le personnage à ceux ne le connaissant pas, on a l’embarras du choix côté casquette : faut-il parler du vidéaste (“Le dispositif”, un programme d’orientation, d’explicitation et de conditionnement en quelques dizaines d’épisodes réalisés avec Thomas Bertay) ? Du grand pourfendeur de la tradition déviée par le monde occidental ? Du spécialiste de Frank Zappa ou de Gérard De Nerval ? De celui qui débuta dans le fanzinat encore gamin ?

Pacôme Thiellement naît en 1975 à Paris de parents franco-italo-égyptiens. Ceux-ci fréquentant la mère de Jean-Christophe Menu, il n’en fallait pas davantage pour trouver là le joli point de départ d’une belle histoire qui s’écrit encore aujourd’hui : à douze ans, le jeune Pacôme embauche ses aînés Menu, Killoffer, Got ou Mattt Konture et créé “Réciproquement”, un fanzine très remarqué en son temps.
Les années passent, et il touche à sa propre vérité en se rapprochant de l’œuvre d’Artaud et de Borges, de Burroughs et de Rimbaud, écrit ici et là autour de ses thèmes de prédilection (une approche des repères mainstream -ou plutôt pop- inspirée par les grands courants philosophiques soufflant depuis l’Orient, ses traditions et sa culture existentialiste) ; il dirige la revue littéraire Spectre, tout en débutant un travail de création vidéo, notamment via Sycomore Films.
Et parce que le propre de Pacôme Thiellement est de ne jamais, jamais s’arrêter (et de rire très fort, mais on y reviendra), il apparaît de plus en plus fréquemment depuis quelques années, à la télévision (ah, Jade et Arnaud L. regardent-ils “Ce soir ou jamais” sur France 3 ?), à la radio (“Mauvais genres” sur France Culture), dans la presse (Rock & Folk, Chronic’Art), et signe plusieurs exégèses inattendues, d’inspiration herméneutique (De Nerval, Lost, Lynch, les Beatles…) comme autant de petits guides pour apprécier un peu plus cette existence ; car en plus de tout cela, la plume de Pacôme Thiellement est maline, gracieuse, généreuse, et drôle.

Le Cinéma de la Scène Nationale de Besançon, dont la programmation témoigne des mêmes enjeux qui nous animent chez ChiFouMi (la curiosité, le partage, les autres formes…), a choisi de proposer un cycle sur une certaine forme d’humour au cinéma, en passant par quelques pépites à revoir.

Le dernier essai de Pacôme Thiellement traite de l’humour et de sa mort, de manière brillante, comme à l’accoutumée. Il est invité par le Cinéma de la Scène Nationale pour nous aider à y voir plus clair sur l’étonnante vitalité de l’humour au cinéma d’il y a plusieurs décennies, entre la projection d’un Marx Brothers et du “Holy Grail” des Monty Python.
Rendez-vous le mardi 9 octobre 2012 !

Bibliographie sélective :
“Soap Apocryphe”, éditions Inculte, 2012
“Tous les Chevaliers Sauvages – Tombeau de l’humour et de la guerre”, Philippe Rey, 2012
“Les Mêmes yeux que Lost”, Leo Scheer, 2011
“La Main gauche de David Lynch – Twin Peaks et la fin de la télévision”, P.U.F., 2010
“Cabala – Led Zeppelin occulte”, Hoëbeke, 2009
“L’Homme électrique – Nerval et la vie”, MF, 2008
“Mattt Konture”, L’Association, 2006
“Économie Eskimo – le rêve de Zappa”, MF, 2005
“Poppermost – considérations sur la mort de Paul McCartney”, MF, 2002