C’est reparti pour un tour !
ChiFouMi a été invité par Le Musée des Maisons Comtoises afin d’intégrer une grosse exposition collective au thème bien particulier : le papier sous toutes ses formes, et de quelle manière les artistes peuvent l’utilisent aujourd’hui.De très nombreux artistes et collectifs d’artistes participent à cette exposition, et de notre côté, nous avons modestement essayé de montrer une infime partie de la créativité et de l’imagination à l’œuvre dans le champ de la bande dessinée contemporaine…

Nous sommes très contents de pouvoir montrer notamment des créations de Florian Huet, LL de Mars et Benoît Preteseille, Emilie Plateau, Michel Hellman, Ruppert & Mulot, Margaux Duseigneur, Mandie Brasington, et Lilli Carré, ainsi que quelques livres complètement fous de chez nos amis des Editions Polystyrène et quelques-unes de nos propres productions.
Un partenariat avec la librairie Mine de Rien, à Besançon, permettra à chacun d’explorer un peu plus les univers des ces auteurs et de ces structures éditoriales essentielles à nos yeux.
Paper Is Not Dead visuel

“À l’ère du numérique, le papier n’a pas dit son dernier mot. L’exposition montre le dynamisme et la diversité de la création autour du papier sous ses différentes formes : affiches, sérigraphies, collages, pliages, déchirages…

Exposition collective avec de nombreux artistes et collectifs. À voir au musée mais également dans différents lieux de Besançon : la Rodia, Seize, Galerie Crâne d’Ange…
Visites d’ateliers, workshops autour de l’exposition : initiation à la sérigraphie, fabrication de papier recyclé, origami…”

Quelques informations sur les choses montrées côté ChiFouMi :

• Florian Huet (Angoulême – France)
“La Poinçonneuse / Les enquêtes imperceptibles d’Emilio Ajar”
Très tôt, Florian Huet (né à Rennes en 1989) a su interroger la forme bande dessinée, et attirer l’attention sur le support que celle-ci devrait emprunter. En 2010, alors étudiant à l’École Européenne Supérieure de l’Image d’Angoulême, il cofonde Polystyrène, une belle maison d’édition très progressiste : la plupart des ouvrages publiés ne ressemblent à aucun autre, et mêlent habilement narration et questionnement sur l’objet imprimé.

L’une des nombreuses réponses que trouvera ce jeune auteur sera d’enlever de la matière au papier, là où l’essentiel des processus d’utilisation du papier en ajoute (encre, etc). C’est la naissance de La Poinçonneuse, structure alignant les objets perforés de milliers de petits trous (affiches, livres…), combinant l’inventivité formelle de l’auteur et son opiniâtreté à optimiser ce processus laborieux : La Poinçonneuse est aussi une machine-outil bricolée par ses soins et censée lui faciliter l’ouvrage.

• LL de Mars et Benoît Preteseille (Bruc Sur Aff / Angoulême – France)
“Carré carré carré carré”
Ces deux auteurs, reconnus pour leur singularités respectives et pour leurs univers très personnels que l’on aura bien du mal à relier à une quelconque tradition de la bande dessinée, n’avaient jamais travaillé ensemble avant de se retrouver lors d’une édition de Pierre Feuille Ciseaux, la résidence-laboratoire proposée annuellement par ChiFouMi. C’est d’ailleurs à cette occasion que l’idée du Carré Carré Carré Carré, sorte de jeu mutuel d’écriture graphique sous contraintes aussi ludique qu’épatant, est apparu.
Il fallait toute la folie douce des éditions angoumoisines Polystyrène pour arriver à donner une forme à cet exercice collaboratif qui brise la narration classique, et qui reconsidère le livre comme élément constitutif de l’histoire : livre-objet au mécanisme plus fluide qu’il en a l’air, cet arrière-arrière-petit-rejeton de l’OuLiPo est à manipuler avec précaution, et malice !

• Margaux Duseigneur (Paris – France)

“Mille-Feuilles”
C’est entre Lyon et Strasbourg que s’est fait remarquer Margaux Duseigneur, avec notamment un projet peu commun qui eut tôt fait de la faire connaître, et qui porte en lui les prémices de ce qu’on l’on ne serait pas surpris de qualifier dans quelques années d’un beau parcours.
En jouant avec les notions de transparence, “Mille-feuilles” projette de superposer, à raison d’un par jour, mille dessins sur calque. La somme réunie alors racontera l’histoire de sa propre évolution narrative et plastique, et le choix du papier calque permettra à l’auteur de pouvoir proposer dix tomes de cent dessins chacun, dix périodes se suivant sous la forme de dix beaux petits livres-objets précieux.• Emilie Plateau (Bruxelles – Belgique)
“Boîtes”
Chaque nouveau tout petit trait dessiné par Emilie Plateau en dit énormément à son sujet : sa propre existence, évidemment, mais tout naturellement la vie en général, avec un grand « V ». Après des années à observer, examiner, retenir, écouter tout ce qui se passait autour d’elle, elle a minutieusement rassemblé des tonnes de pages qui constituent dans leur ensemble une sorte de journal personnel, découpé en de nombreux petits fanzines auto-publiés.
Mais le quotidien retranscrit à plat ne semblait pas suffire à cette jeune créatrice, qui propose également diverses autres incarnations de papier à ce qu’elle raconte : les personnages que l’on croise dans ses maisonnettes et ses paysages prennent, au propre comme au figuré, une tout autre dimension lorsque celle-ci décide de leur donner du volume !

• Michel Hellman (Montréal – Canada)
“Iceberg”
Le québécois Michel Hellman (né en 1978, et vivant à Montréal) fait partie de la catégorie des créateurs travaillant occasionnellement sous contraintes, mais lorsque c’est le cas, il arrive à les conjuguer de manière aussi déraisonnable qu’enthousiasmante.
Iceberg en est un parfait exemple : cette histoire courte d’une vingtaine de pages est un récit politique où l’auteur revient sur une véritable tragédie humaine et écologique que certains ont préféré garder secrète des décennies durant.
Iceberg est aussi le fruit d’une session des fameuses “24 heures de la bande dessinée”, où chaque participant doit réaliser une histoire en 24 pages en une journée seulement.
Michel Hellman, lui, avait choisi de s’imposer encore davantage de difficultés : comme si les contraintes de temps de travail ne suffisaient pas, ce travail d’orfèvre et méticuleux a été entièrement réalisé en papier découpé, tantôt à la main, aux ciseaux ou au cutter…

• Ruppert et Mulot (Paris- France)
“Un cadeau”
Le tandem constitué des auteurs Florent Ruppert et Jérôme Mulot représente l’une des plus belles surprises de ces dernières années dans le petit paysage de la bande dessinée. Chacun de leurs ouvrages questionne la manière de raconter en bande dessinée, et la notion de support n’est pas en reste : après avoir vécu sous la forme traditionnelle du livre, leurs suites de dessins narratifs prennent la forme d’installations, de happenings où le spectateur est impliqué, comme le lecteur qui tourne les pages d’un livre.
Ce processus d’inventaire du rapport lecteur-auteur explore donc l’œuvre et la manière dont elle est proposée. A ce titre, l’histoire se déroulant dans une morgue qu’ils ont écrite pour “Un Cadeau” ne pouvait rêver meilleur support que ce livre-objet inclassable qu’il faut découper patiemment jusqu’à ce que…

• Mandie Brasington (Minneapolis – USA)
“Bipolar Doll & autres travaux”
Mandie Brasington est une toute jeune diplômée du Minneapolis College of Art and  Design, dans le Minnesota, où l’association ChiFouMi l’a découverte lors d’un workshop  organisé en préambule de Pierre Feuille Ciseaux #4 en 2013.
Le talent et l’abnégation de cette  jeune femme ne pouvaient passer inaperçus : ses autopublications exigent du lecteur une  attention toute particulière, y compris dans la manipulation des objets “lisibles” créés alors.  Son travail est une synthèse de points de vues féminins qui tournent autour des notions du  trauma ; il focalise notamment sur des cas de troubles psychologiques  très particuliers. Les formes données à ses productions proposent un solide écho à ces états et font de cette jeune créatrice au parcours déjà remarqué une personnalité à suivre de près.

Lilli Carré (Chicago – USA)
“String Face paper piece”
Lilli Carré (née en 1983) est une illustratrice, une auteur de bande dessinée et une réalisatrice originaire de Los Angeles et vivant à Chicago. Ses films d’animation ont été montrés au Festival du Film Indépendant de Sundance et ses dessins paraissent dans The Believer, The New Yorker, The New York Times, entre autres.
Elle travaille principalement à creuser le domaine de l’expérimentation en animation, en bande dessinée et en impression artisanale, et cela se traduit par bon nombre de curieuses propositions : elle peut, par exemple, revêtir son costume de céramiste si le sujet l’impose, et la pièce présentée dans le cadre de Paper Is Not Dead n’est qu’un infime exemple de cette inventivité dans les matières et dans la forme (les formes) que peuvent prendre ses histoires.

Nous partagerons ici-même quelques photos de cette exposition dès lors qu’elle sera montée : notre petite-expo-collective-au-sein-de-la trèèèèès-grande-expo-collective Paper Is Not Dead aura lieu du 6 septembre au 2 novembre 2014 au Musée des Maisons Comtoises de Nancray, à deux pas de Besançon (leur site est ici et leur page facebook ici).

Paper Is Not Dead Mosaïque