(Emmanuel Guibert sera en rencontre/dédicace à l’occasion de Ce Qui Nous Lie : consultez l’agenda pour les dates et lieux précis)

Cela fait un moment qu’on suit ce monsieur Emmanuel Guibert, de près, et plus particulièrement depuis sa résidence “de par chez nous” lors de la première édition de Pierre Feuille Ciseaux en 2009 (où vinrent également Troubs, David Prudhomme, Etienne Davodeau et Marc-Antoine Mathieu, qui travaillèrent alors tous ensemble sur ce livre inattendu).

Né en 1964 à Paris, Emmanuel Guibert se fait d’abord remarquer (outre un court passage à l’ENSAD) avec “Brune”, ambitieux livre traitant de la montée du nazisme avant le début de la seconde guerre mondiale. Ouvrage épuisant pour l’auteur qui y consacre sept années de travail, en plus de ses occupations d’illustrateur et de story-boarder.
Il passe par l’Atelier des Vosges, où il dessine aux côtés de Frédéric Boilet, Emile Bravo, Christophe Blain ou encore Joann Sfar, jusqu’à signer des œuvres communes avec certains d’entre eux, comme la chouette série jeunesse “Sardine de l’espace” mais aussi “Les olives noires”, “La fille du professeur” avec Joann Sfar, ou “Le capitaine écarlate” avec David B.
C’est à la même époque, aux côtés des auteurs de L’Association, qu’il troque définitivement (?) l’ultra-réalisme pour un style qui tend vers l’épure, vers une sorte d’urgence de l’expression : cette évolution marque manifestement un tournant dans l’œuvre de l’auteur, qui, dès lors, enchaîne les expériences “d’autobiographie de seconde main” (expression qu’il emploie lui-même pour décrire ses travaux suivants, interprétations personnelles d’expériences vécues par d’autres personnes demeurant malgré tout “narrateur” des récits).

Naturellement, les premières planches du désormais classique “La guerre d’Alan” paraissent dans Lapin, la revue éditée par L’Association, et sont très vite remarquées ; cette rencontre avec un vieux monsieur américain ayant vécu le débarquement, et resté vivre en France, donnera quelques unes des plus belles pages signées Emmanuel Guibert, mais aussi quelques unes des plus belles pages que peut offrir la bande dessinée contemporaine, pas moins. Lorsque le premier ouvrage de cette série paraît, Guibert devient instantanément un auteur précieux, dont chaque nouvelle parution sera guettée par un public de plus en plus large, jusqu’au plébiscité “Le photographe”, très beau témoignage à hauteur d’hommes de la guerre menée en Afghanistan au début des années 80.
Là encore, c’est une rencontre humaine (avec le photographe Didier Lefèvre, parti en Afghanistan à l’époque) qui sert d’alibi à un processus de création qui reste singulier dans le paysage de la bande dessinée. Et là encore, Guibert creuse les possibilités du médium bande dessinée, en osant une mixture de dessins et de photos qui aura marqué bien des lecteurs.

Chez ChiFouMi, on se méfie un peu des classements et des récompenses, mais on pense qu’il faudrait en inventer une juste pour lui.

Bibliographie sélective :
“L’Enfance d’Alan” (2012, L’Association)
“Rupestres !” (avec Davodeau, Troubs, MA Mathieu, Rabaté et David Prudhomme) (2011, Futuropolis)
“Des nouvelles d’Alain” (avec Alain Keler et Frédéric Lemercier) (2011, Les Arènes)
“Japonais” (2008, Futuropolis)
“Monographie prématurée” (2006, Éditions de l’An 2)
“Va & vient” (2005, L’Association)
“Oupus 4” (2005, L’Association)
“Le Pavé de Paris” (2004, Ouest France)
“Le Photographe” (avec Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier, 3 tomes) (2003/2006, Dupuis, collection Aire Libre)
“Oupus 2” (2003, L’Association)
“La Campagne à la mer” (2002, Ouest France éditions)
“Les Olives noires” (avec Joann Sfar, 3 tomes) (2001/2003, Dupuis)
“La Guerre d’Alan” (3 tomes) (2000/2008, L’Association, collection Ciboulette)
“Le capitaine écarlate” (avec David B.) (2000, Dupuis, collection Aire libre)
“Ariol” (avec Marc Boutavant) (Bayard Presse)
“Comix 2000” (1999, L’Association)
“La fille du professeur” (avec Joann Sfar) (1997, Dupuis)
“Sardine de l’espace” (avec Joann Sfar) (Bayard Presse)
“Brune” (1992, Albin Michel)