Il y a les parcours exubérants, il y a des auteurs discrets, il y a des œuvres marquant durablement la mémoire.

Le suisse Helge Reumann (né en 1966 à Uster, près de Zurich en Suisse) passe par la case des Arts Décoratifs de Genève dès 1985. Il en sort diplômé en 1990, créé plusieurs ateliers mais c’est en 96 que son nom apparaît sur les radars des curieux d’images de toutes sortes : associé à Xavier Robel, il créé le Studio Elvis, et enchaîne les productions remarquées.
C’est plus particulièrement Camions et Poursuite (qui paraissent en 98 et 2000) qui vont le distinguer de la vague de jeunes dessinateurs d’alors : au delà d’une belle maitrise technique et d’un goût certain pour l’expérimentation graphique indiscutables, Reumann donne le ton, en mettant sur pied un univers qu’il ne casse de peaufiner et de creuser dès lors.
Au programme : une description d’un monde corrosif et acide, où l’espoir est régulièrement piétiné dans une gadoue faite de fanatisme politique, de crétinerie religieuse, de maniaques de tous bords. Un chaos dessiné qui serait déprimant à souhait s’il n’était aussi fascinant : ce monde (le nôtre), l’auteur le passe à la moulinette reumanienne et ce qui en sort est un ensemble fictionnel imperturbablement dérangeant.

On retiendra aussi, bien évidemment, la très belle expérience à quatre mains que fût Elvis Road, gigantesque et magnifique livre-accordéon d’abord édité chez les zurichois de PipiFax avant de l’être outre-Atlantique chez Buenaventura Press. Dans les deux cas, une fresque hypnotique et complètement malade (doublé d’un magnifique objet-livre), où les deux auteurs (Robel et Reumann, donc) se sont succédés chaque matin durant un an, faisant d’un exercice collectif d’échauffement du poignet une œuvre-phare de la création illustrée contemporaine, pas moins. Ce cadavre exquis narratif, à lui seul, témoigne d’une agitation créatrice qui mériterait davantage d’exposition.

Depuis, Helge Reumann a travaillé pour le quotidien suisse Le Temps ; a reçu en 1998 le Prix fédéral des arts appliqués de la ville de Berne ; en 1999, il obtient même la Bourse de l’Office Fédéral de la Culture de Berne et de l’Association Artest à Cracovie. Et en 2002, il reçoit le convoité Prix Töpffer pour Bagarre. Il a vécu à Montréal, a réalisé des pochettes de disque (notamment pour The Notwist), a exposé un peu partout, de New York à Paris.

 

Bibliographie :

  • « S.G » (United Dead Artists, 2014)
  • « Vertige » (avec Lundkvist Gunnar) (United Dead Artists, 2012)
  • « Sexy Guns » (Bongoût, 2011)
  • « Elvis Road » (avec Xavier Robel) (Pipifax, 2003)
  • « Rayon-X » (Le Rouergue, 2002)
  • « Super peurs » (B.ü.l.b Comix, 2001)
  • « Poursuite » (Le Rouergue, 2000)
  • « Camions » (Drozophile, 1998)
  • « Le bus écorché » (B.ü.l.b Comix, 1997)
  • « Bile Noire » #18 (Atrabile, 2011)
  • « Viande de chevet » (United Dead Artists, 2010)
  • « Bile Noire » #17 (Atrabile, 2010)
  • « Hôpital Brut » #10 (Le Dernier Cri, 2010)
  • « XXMMX » (L’Association, 2010)
  • « Mollusk » #5 (Bongoût, 2008)
  • « Le Muscle Carabine » (3 numéros) (United Dead Artists, 2007-2009)
  • « Toy Comix » (L’Association, 2007)
  • « Bile Noire » #16 (Atrabile, 2007)
  • « Hôpital Brut » #8 (Le Dernier Cri, 2006)
  • « Kramer’s Ergot » #6 (Buenaventura Press, 2006)
  • « Hôpital Brut » #7 (Le Dernier Cri, 2006)
  • « Lapin » #34 (L’Association, 2004)
  • « J’ai 20 ans et le monde m’appartient » (avec Noyau) (Strapazin, 2004)
  • « Bile Noire » #11 (Atrabile, 2002)
  • « Habitat Jardin Santé » (collectif) (Drozophile, 2002)
  • « Bile Noire » #9 (Atrabile, 2000)
  • « Lapin » #27 (L’Association, 2001)
  • « Tati » (collectif) (Drozophile, 2000)
  • « Comix 2000 » (L’Association, 2000)
  • « Jade » #16 (6 Pieds Sous Terre, 1999)
  • « Bile Noire » #4 (Atrabile, 1998)
  • « Bile Noire » #2 (Atrabile, 1998)
  • « Bile Noire » #1 (Atrabile, 1997)
  • « Bowling for souls » (Mille Putois, 1996)